Lanternes magiques et bébés robots : retour sur la fête des lumières 2019

C’est la ballade
Que la maman robot
Chante pour qu’il s’endorme
À son bébé robot
Qui veut pas faire dodo

chantait Mama Béa en 1978. Des ballets de robots et la magie retrouvée de l’enfance donnent à cette fête 2019 la magie qu’elle promet depuis sa naissance un soir d’orage de 1852.

Light me imaginée et créée par Séverine Fontaine, Place de la Bourse, fête des lumières 2019
Light me imaginée et créée par Séverine Fontaine, Place de la Bourse, fête des lumières 2019

Avec une fausse modestie typiquement  lyonnaise, les médias de la capitale des gones annonçaient ce millésime 2019 comme novateur. La veille du démarrage, au vu des essais techniques, ce n’était pas notre sentiment à Lyon Visite. Mais, jeudi soir, après le discours de Gérard Collomb ouvrant avec son talent habituel d’orateur la fête 2019, puis après la petite déception de la place des Terreaux, notre impression a fortement évolué. La fête 2019 recèle nombre de pépites chatoyantes et chatouillantes.

Retrouver l’innocence de son enfance avec les lanternes magiques de Gadagne (coup de cœur n°1), œuvre de Julia Dantonnet et Shantidas Riedacker

L’enfance
Qui peut nous dire quand c’est fini
Qui peut nous dire quand ça commence
C’est rien avec de l’imprudence
C’est tout ce qui n’est pas écrit

chantait Brel.

Ô lumière des haies, lune sur la forêt
Ô chant de la hulotte, vagissement du hérisson
Ô glissement soyeux de la limace, oreilles du lapin
Ô biche dessert des cerfs
La chauve-souris se faufile dans les peupliers
Ô l’innocence d’avant la naissance
D’avant les particules fines CO2 des SUV

Hôtel de Gadagne, Vieux Lyon - Fête des lumières 2019
Hôtel de Gadagne, Vieux Lyon – Fête des lumières 2019

C’est l’animation la moins coûteuse de la fête. Ni lasers, ni tubulures d’aluminium, ni cohortes de robots. Seulement quelques lanternes magiques. Des animaux, des arbres découpés dans un carton à chapeaux et dedans une bougie, LA lumière, cette lumière magique originelle retrouvée, qui projette des ombres chinoises sur les grands murs du double hôtel des frères Gadagne et dans les niches de ses galeries. Ce n’est pas tout à fait une bougie, c’est une belle grosse LED, mais la flemme de sa flamme est là dans notre cœur, quand il n’y avait ni minutes ni secondes aux après-midi et aux nuits d’été, quand on croyait au Petit Chaperon Rouge et aux méchants loups qui existent bien. Ce n’est pas non plus tout à fait un carton à chapeaux, ni un tambour du Bronx, mais un cylindre amoureusement découpé.

Un travail de 6 mois précise dans un message de remerciement après parution de cet article Julia Dantonnet, auteure de la  partie lumière de cette animation, avec son complice Shantidas Riedacker au son. Ajoutons qu’elle et il lui ont choisi un titre en français : Nocturne.

Allez à Gadagne, allez en enfance, goûter l’utopie d’un monde sans crise climatique, un monde sans pots cataleptiques, sans collapsologues, sans COP 19, 21, 25, 99. Un monde de libellules et de lapins. Magie de la lumière de révéler la nuit.

L’enfance
Qui se dépose sur nos rides
Pour faire de nous de vieux enfants
Nous revoilà jeunes amants
Le cœur est plein, la tête est vide
L’enfance
L’enfance

Les amoureux de la place de la Bourse (coup de cœur n°2)

Deux robots non genrés face à face tiennent une conversation amoureuse. Du moins, c’est ce que nous imaginons spontanément. Dans sa création, Séverine Fontaine a imaginé plus large. Le dialogue, le rapport entre deux êtres, incarnés par deux bras robots, si l’on peut employer ce verbe. Laissons leur la parole :

Gracieux ballet de robots sur une subjugante musique de Lucie Antunes à l’Hôtel-Dieu, (coup de cœur n°3)

La formation en carré de ces 20 robots nous faisait peur, eh bien elle se révèle fort efficace de fluidité et de souplesse coordonnée. Le néon que porte chaque bras participe à l’ensemble comme — et encore plus efficacement que — dans une troupe de ballet. Animation réussie, donc. Les reflets sur la bâche plastique en-dessous d’eux et la musique de Lucie Antunes insèrent de l’organique dans cette chorégraphie robotisée. Il ne manque plus à ces 20 robots que de devenir mobiles, de faire des pas chassés et des pointes, des glissades et des saltos.

Hôtel-Dieu, cour du Midi, fête des lumières 2019, sur un emusique de Lucie Antunes
Hôtel-Dieu, cour du Midi, fête des lumières 2019, sur une musique de Lucie Antunes

La lumière est eau à la Fontaine des Jacobins, (coup de cœur n°4)

En apparence, rien de plus extraordinaire que dans une discothèque, des lasers et de la fumée. Mais il y a cet écran de pierre blonde de la fontaine, mais il y a ces quatre nymphes enlaçant chacune un poisson, mais il y a ces 4 illustres Lyonnais de pierre, Philibert Delorme, Guillaume Coustou, sculpteur, Gérard Audran et Hippolyte Flandrin, 4 hommes et pas une femme, mais il y a cette fontaine carrée inscrite dans une vasque et une place circulaires, cette fontaine d’où part la lumière, autour de laquelle elle tourne, nombril et pivot.

Fontaine des Jacobins, fête des lumières 2019
Fontaine des Jacobins, fête des lumières 2019
Fontaine des Jacobins, fête des lumières 2019
Fontaine des Jacobins, fête des lumières 2019
Fontaine des Jacobins, fête des lumières 2019
Fontaine des Jacobins, fête des lumières 2019

Pris dans la nasse de la place des Célestins (coup de cœur n°5)

Quel âme constipée a imaginé ce tortueux entonnoir en serpentin d’alambic lambrissé de barrières métalliques et d’entrées de rues fermées par des cerbères qui, après moult retours et détours perpendiculaires, aboutit enfin à l’entrée  de la place des Célestins ? Une entrée suffoquée comme la gorge d’un insuffisant respiratoire. Plus encore qu’avec le plan de circulation traditionnel où on laissait arriver les gens par la rue des Archers, en face du théâtre. On s’entassait, mais on pouvait s’échapper. Là, au coin sud-ouest de la place, les mémères défaillent  et seuls les basketteurs tirent leur épingle du jeu… ou les Tintin reporters de Lyon Visite qui enjambent les rambardes et traversent les bosquets de magnolias pour atteindre la place centrale où, miracle, il y a beaucoup moins de monde. Il paraît que c’est ainsi dans l’œil des cyclones.

Théâtre des Célestins, fête des lumières 2019
Théâtre des Célestins, fête des lumières 2019

Mais quel bonheur ! Une des plus belles animations de cette fête. Au-dessus de la place un écheveau de copeaux cuivrés, longue chevelure bouclée comme celle de la tête de Méduse du Persée de Benvenuto Cellini capte les rayons lumineux comme les branches d’une clairière attrapent le soleil. Cet impressionnisme vibrant résonne avec le classicisme à l’italienne de ce bijou de théâtre des Célestins, admirablement proportionné.

Petite cerisaie sur ce gâteau des Célestins, la porte du théâtre éclairée en haut de son perron qui dit aux cœurs épris de théâtre qu’on entre ici en un lieu de lumière pour l’esprit et l’âme, un lieu de dire.

Théâtre des Célestins, fête des lumières 2019
Théâtre des Célestins, fête des lumières 2019

Jonathan Livingstone le Goéland et René Magritte, gare Saint-Paul (coup de cœur n°6)

Des images surréalistes qui donnent plein de pichenettes à notre imaginaire. Une antique micheline (ces trains vintage qui desservaient les campagnes avant les TER), un oiseau qui plane dans un décor urbain, un astronaute, un homme à melon qui arpente un clavier de piano. Une animation simple qui atteint son but proclamé en anglais dans son titre, Day Dreams (chaque année, nous nous questionnons sur cette manie de titrer les animations en anglais). Rêves quotidiens ? Jour de rêves ? Jean-Noël Beyssier de Flshka design a su proposer avec cette animation une très belle moulinette à rêves. Merci à vous.

Gare Saint-Paul, animation de Flshka Design, fête des lumières 2019
Gare Saint-Paul, animation de Flshka Design, fête des lumières 2019
Gare Saint-Paul, animation de Flshka Design, fête des lumières 2019
Gare Saint-Paul, animation de Flshka Design, fête des lumières 2019
Gare Saint-Paul, animation de Flshka Design, fête des lumières 2019
Gare Saint-Paul, animation de Flshka Design, fête des lumières 2019

Place Bellecour, ça plane pour moi ! (coup de cœur-épic) — Prairie éphémère

Le même dispositif que place de la République en 2017 avec les Pikooks. Des grosses baudruches oiseaux-poissons éclairées de l’intérieur dérivent dans le ciel, ici au-dessus d’un décor d’herbes en fibre optique. Il faut se laisser prendre par leur nonchalance et la musique. Les proportions de la place, la gigantesque grande roue et la solennelle statue équestre structurent cette installation imaginée par Tilt et Portés par le vent, qui sans cela serait trop dans la tendance verte.

Place Bellecour, fête des lumières 2019
Fête des lumières 2019, place Bellecour

Place des Terreaux, une valeur sûre

Elle est neûve ma place comme disent les Lyonnais en accentuant le « eu », c’est une caractéristique de l’accent francoprovençal. Or donc, pour sa réfection in extrémis avant la fête, la place des Terreaux a accueilli en son écrin de pierre, sur la façade anonyme du musée des Beaux-Arts et sur celle de l’Hôtel de ville, une animation fort classique et, à défaut d’être originale, ce qui est difficile dans ce lieu gigantesque, est efficace. Le côté appliqué et convenu de la mise en abyme des conversations de la troupe d’animation casse sans doute la poésie au départ.

Places des Terreaux, fête des lumières 2019
Places des Terreaux, fête des lumières 2019
Places des Terreaux, fête des lumières 2019
Places des Terreaux, fête des lumières 2019

Place Rambaud, encore un robot, par Encor Studio

Troisième animation basée sur de la robotique avec celles de l’Hôtel-Dieu et de la place de la Bourse. Installé sous une tente transparente en forme d’igloo, le bras robot de Encor Studio braque son phare tout autour de lui, au gré des commandes vocales des spectateurs. Mais, enchaîné comme ses copains à son socle, il ne peut heureusement s’échapper, seulement pivoter et gesticuler en vain.

La cathédrale Saint-Jean sur la chaise électrique (coup de pique)

Déception à la cathédrale devant le énième replay d’une Genèse anthropocentrée, comme si la sublime façade appelait irrésistiblement année après année ce genre d’histoire. Quelques très beaux effets, particulièrement dans la sobriété quand des vermicelles de lumière drapent le monument d’une résille poétique. Un jour peut-être, dans une année prochaine, quelqu’un viendra avec une non Genèse, une non construction de cathédrale, une autre histoire. Ou un poème ?!

Cathédrale Saint_Jean, fête des lumières 2019
Cathédrale Saint-Jean, fête des lumières 2019
Cathédrale Saint-Jean, fête des lumières 2019
Cathédrale Saint-Jean, fête des lumières 2019

Belle fête des lumières

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