maudite__marde, nouvelle street-artiste à Lyon : injures d’amour en couleurs

Florale, rousse, scabreuse, maudite marde vient de surgir sur les murs des pentes et du plateau de Croix-Rousse ce début 2019. Ses collages à la ligne précise, coloriés comme l’étaient les décalcomanies des Malabars ou les emballages Kréma, sont très féminins, et adossés à des mots grossiers. D’enthousiasme, dès avoir vu son travail Montée de la Grande-Côte et rue de Crimée, je lui ai demandé via son compte Instagram maudite__marde une interview.

maudite__marde : Criss de fatiguant
Croisement rue de Crimée et rue Jean-Baptiste Say

L’anonymat, d’abord ? Question de base pour chaque street-artiste, de pair avec le choix de son blase. Maudite__marde le revendique, elle aussi. Le secret. Elle en a même fait un jeu, une sorte de test, pour voir si on la reconnaît ainsi dissimulée. Elle est devenue street-artiste de fil en aiguille, n’étant pas du tout graphiste, me jure-t-elle, mais photographe. C’est d’ailleurs ainsi qu’elle a fait la rencontre de cet art de rue, en accompagnant les grafeurs la nuit, elle trouvait intéressant d’avoir des photos de l’acte lui-même, le moment de la réalisation sur place, dans la nuit. Voici deux mois, en décembre, elle a basculé de l’autre côté, collant sur un mur l’une de ses photos, sous son nom de photographe. Et de là, l’idée de « poser », comme elle dit, les coloriages qu’elle commençait alors de faire. « Je découvre, explique-t-elle, mon talent de coloriste. Et, ajoute-t-elle à propos de ses références tatoo, J’aime, j’ai des tatouages, je fais des photos de tatouage. Je me suis dit que j’allais mettre de moi dans les personnages de ces réalisations. Leur chevelure rousse, leur rouge à lèvre roux, leurs tatouages, ce sont les miens. »

maudite__marde : trou d'cul
Sous l’esplanade, en haut de la montée de la Grande-Côte

Juxtaposé à ces portraits de femmes, des mots inconnus ou grossiers : Criss d’épais, Criss de fatiguant, Oste d’crisse. Ils m’avaient d’abord emmener vers des références à la crise économique. Elle rit au téléphone, « Ce sont des injures ! Des injures québécoises ! Elles sont si drôles. Et en plus, avec leur accent ! J’avais envie de juxtaposer l’image douce d’un visage avec des injures, pour parler autrement de l’amour. C’est une réponse aux mots d’amour qu’il y partout, une réponse que je veux mettre dans la rue. » Et pour la Saint-Valentin ? Rien, répond-elle, il faut être accompagnée… et de toute façon, on n’a pas besoin d’une occasion, il faut dire je t’aime tous les jours à ceux que l’on aime. Il y a une forme de romantisme, reconnaît-elle, dans sa démarche de présenter autrement l’amour.

maudite__marde : Oste d'crisse mon tabarnak
Sous l’esplanade, en haut de la montée de la Grande-Côte

Maudite marde n’est jamais allée au Québec, mais rêve de le visiter. Vous avez deviné que son nom d’artiste maudite__marde n’est pas une référence à Rabelais, mais elle aussi une injure québécoise. Quoique… Le québécois étant resté proche du français de l’époque de Rabelais.
Continuera-t-elle sa très jeune carrière de street-artiste ? Elle ne sait pas, tant que ça lui plaira, oui. Elle prépare une nouvelle série. Avec des portraits d’hommes cette fois. On peut la voir en ce moment vers le Nombril du monde, dans l’escalier entre le passage Mermet et la place Chardonnet, rue Flesseyle vers le Lavoir public, sous l’esplanade de la montée de la grande-côte, rue de Crimée, au bout de la rue de l’Alma côté Bon Pasteur, où il y a cette si jolie vue de Lyon. Et sur Instagram sous son nom d’artiste.

maudite__marde : Maudite Marde


Photos : Gilles Bertin, Lyon visite, Droits réservés

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