
Sur les traces de Marc Bloch, né à Lyon et historien qui y revient pour la Résistance
Né à Lyon en 1886, Marc Bloch la quittera très vite, son père professeur ayant été nommé à l’École Normale à Paris.
Il y reviendra de son propre chef 57 ans plus tard, laissant derrière lui sa notoriété, sa famille, une maison dans la campagne pour entrer dans la clandestinité de la Résistance.
Car Lyon était la capitale de la Résistance. Suivons-le dans la ville et ces 6 mois de clandestinité, clos par la torture et son assassinat un soir d’été dans une prairie du Beaujolais.
Sommaire
Dans la clandestinité lyonnaise : Marc Bloch résistant

Icônes sur la carte Google Maps ci-dessus.
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Fin 1942, de Clermont-Ferrand à Lyon par et pour Franc-Tireur
Maurice Pessis a 20 ans et Marc Bloch 56 quand ils se rencontrent à Clermont-Ferrand. Pessis est étudiant en philo réfugié à Lyon et membre de Franc-Tireur. Il vient souvent en mission à Clermont, il rencontre Marc Bloch à la demande de Lily, agente de liaison du mouvement, de son nom Alice Sthrol. Elle se porte garante de ce professeur qui désire se battre.
Marc Bloch, après l’invasion de la Zone libre le 11 novembre 1942, a été chassé de l’université, officiellement mis en retraite d’office. Il avait réussi jusque là à y rester, il a été l’un des 11 juifs à ne pas en avoir été chassé en 1940 lors de l’exclusion des juifs, officiellement par exemption pour services exceptionnels, mais sans que ne figurent dans ceux-ci son comportement courageux pendant la Première Guerre. Marc Bloch avait demandé à être rattaché à l’université de Strasbourg, son université de départ et où son père avait enseigné, université qui s’était repliée à Clermont-Ferrand.
Début 1943, Marc Bloch contacte le professeur Robert Waitz, ancien collègue de Strasbourg, qui dirige Franc-Tireur en Auvergne. La chaîne Franc-Tireur se met en marche, via Lily puis Plessis. Franc-Tireur est un mouvement de gauche, très républicain et anti-pétainiste.
Il faut imaginer cette rencontre à Clermont-Ferrand entre l’étudiant Plessis et le professeur. Les professeurs d’université sont alors des personnages rares en France, un millier contre 35 fois plus aujourd’hui. Donc prestigieux. Bloch est au sommet de sa carrière, Il a cofondé en 1929 les Annales où il a publié d’influents articles — encore aujourd’hui — sur les méthodes en histoire. Il est habillé comme peut l’être alors un professeur, il a 3 fois l’âge de Maurice Plessis. C’est lui le demandeur, il se met quasi au service des jeunes, alors majoritaires dans la Résistance, dans une relation inversée.
Marc Bloch vient à Lyon sous l’aile du jeune homme. Il dira à l’un de ses interlocuteurs à Lyon « être le poulain de Maurice » (1944, L’assassinat de Marc Bloch, Stéphane Nivet, page 54). Le professeur d’histoire reconnu laisse derrière lui sa famille, il a 6 enfants dont 2 réfugiés en Espagne, sa maison, et entre dans la clandestinité.
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De logement en logement à Lyon
Accès : 51 rue Molière et rue Lanterne à Lyon, 23 rue de l’Orangerie à Caluire
Marc Bloch loge d’abord rue Molière, au 51, avec un autre résistant venu de Saint-Étienne.
Les premiers temps à Lyon sont instables et décourageants. On ne lui confie que des tâches secondaires, pas en accord avec ses compétences. Il protestera. Maurice Pessis avec qui il dîne souvent le soutient auprès de Franc-Tireur, où Chabot, un des responsables finit par l’accepter.
Il est logé provisoirement au domicile d’Antoine Avinin, industriel de Villeurbanne et résistant lyonnais inquiété en 1942, cofondateur du réseau de résistance France-Liberté, devenu en 1941 le mouvement Franc-Tireur. Après avoir été arrêté en mai 42 comme rédacteur et diffuseur de tracts, emprisonné au Fort Montluc, puis à la prison Saint-Paul, et libéré faute de preuves, Antoine Avinin s’est exilé de Lyon et poursuit sa lutte à Toulouse à la direction de Franc-Tireur.
Enfin, Marc Bloch se fixe à Caluire-et-Cuire, en bordure de Lyon, dans la quartier du Vissardon, au 23 rue de l’Orangerie.
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Rue des Quatre-Chapeaux, le bureau, Lyon 2e
Accès : 1 rue des Quatre-Chapeaux, Lyon 2e
Par définition, on sait peu de choses sur les activités des résistants durant la guerre, ils effaçaient aux maximum toute trace. On sait toutefois que Marc Bloch, une fois ses compétences reconnues a pris des responsabilités dans Franc-Tireur et au sein de MUR. Il a pris le pseudo de Narbonne.
Selon son ancien coloc Henri Falque plus tard, Marc Bloch a structuré la Résistance dans la région, mettant en place un cloisonnement efficace, passant d’un certain amateurisme normal au départ à une efficacité due à cette organisation.
Il va disposer d’un bureau clandestin, installé au croisement de la rue des Quatre-Chapeaux et de la rue Tupin. Il a été loué en sous-main par Nathalie, surnom de résistance de Nina Morguleff, née en 1915 à Leningrad, qui a fui la révolution russe avec sa famille et étudié à Lyon, qui à l’arrivée de la guerre est ingénieure et qui est devenue la secrétaire et l’agente de liaison de Marc Bloch. Nathalie a sous-loué à madame Brun, propriétaire d’une maison de couture, via une de ses employées, Lucienne Jacotot, ce bureau. Officiellement pour un certain monsieur Blanchard.
Le jour de l’arrestation de Blanchard, Nathalie en fin d’après-midi, vers 17h, inquiète de son absence va vider ce bureau de son contenu compromettant avec l’aide de Lucienne Jacotot.
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Rue des Pierres Plantées, au 9, le restaurant Luquet
Marc Bloch est très seul à Lyon au début et en souffre, des témoignages le racontent. Progressivement, des relations naissent. Notamment avec le jeune Maurice Pessis qui au fil de ces mois, devenu un proche. Marc Bloch le considère comme son fils adoptif. Il a aussi des neveux à Lyon, engagés eux aussi. Il lui arrive souvent de dîner avec Maurice Pessis au restaurant Luquet, au 9 rue des Pierres Plantées. Cette rue, si vous ne la connaissez pas, est une des plus belles de Lyon, avec une vue plongeante et époustouflante sur la ville. Elle est une corde tendue entre le plateau et les pentes de Croix-Rousse, très vivante, aujourd’hui ici. Il nous plaît d’imaginer Marc Bloch un soir de printemps de 44 sortant de chez Luquet, voyant ce panorame de Saône à Fourvière, voyant la ville avec son regard de clandestin et de grand historien, conscient de la bataille en cours contre l’oppression, pour notre liberté, merci monsieur.
L’arrestation de Marc Bloch le 8 mars 1944, de Caluire à la Gestapo
Trajet en orange sur la carte Google Maps ci-dessus.
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23 rue de l’orangerie, Caluire
Accès : 23 rue de l’Orangerie, Caluire-et-Cuire
8 mars 1844, vers 8h30 : Marc Bloch quitte son domicile. Pour son malheur, une cliente de la boulangerie voisine l’a vu passer. Il est chargé d’une grosse valise.
Une voiture de la Gestapo arrive. Les policiers allemands cherchent monsieur Blanchard. La cliente leur indique un homme âgé qui descend la montée de la Boucle.
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Montée de la boucle, entre Caluire et Lyon
Accès : 1 montée de la boucle
La Gestapo arrête Marc Bloch presqu’en bas de cette Montée de la Boucle, Elle est bien connue des Croix-Roussiens, c’est une des rares voies d’accès à la colline. À l’époque existe encore le pont de la boucle, avec sa silhouette si particulière.
Le tramway numéro 8 arrive ici, rive droite du Rhône, à l’extrémité du pont. C’est là que se rend Marc Bloch avec sa grosse valise. Il n’aura pas le temps d’y arriver.
Le pont sera saboté par les Allemands en juillet 1944, lorsqu’ils quittent Lyon.

Pont de la boucle, Lyon, tel qu’en 1944 - 3
Avenue Berthelot, siège de la Gestapo
La voiture de la Gestapo emmène immédiatement monsieur Blanchard. Il porte toujours ce nom pour les policiers allemands, et non Marc Bloch. Il est conduit avenue Berthelot, au siège de la Gestapo, comme on le désigne, dans les bâtiments de L’école du service de santé militaire (qui avait perdu son statut militaire à l’Armistice de 1940). Ces bâtiments accueillent depuis le printemps 1943 la SIPO-SD, réunion de la Gestapo, de la police criminelle, et du service de renseignement de la SS.
Ces bâtiments hébergent aujourd’hui le CHRD, le Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation, ainsi que Sciences Po Lyon.
Ici, Marc Bloch sera torturé à plusieurs reprises. Il subira entre autres tortures l’épreuve de la baignoire emplie d’eau glacée et sera atteint d’une congestion pulmonaire et devra passer 3 semaines à l’infirmerie.
Marc Bloch n’a pas parlé, les historiens en ont obtenu la certitude en croisant la chronologie, les noms déjà connus des nazis et la transcription de l’interrogatoire de Marc Bloch, document retrouvé en deux temps, en 1964 et 2000.
Marc Bloch n’a pas parlé.

Entrée du CHRD, avenue Berthelot, où la Gestapo était installée pendant la 2e Guerre. Sciences Po Lyon est également installée dans ces bâtiments. - 4
Prison Montluc
Accès : 4 rue Jeanne Hachette, Lyon 3e
Vers 17h, Marc Bloch est amené à la Prison Montluc. Il est enfermé cellule 75.
Marcel Fonfrède également détenu à Montluc rapporte que Bloch est arrivé couvert de bleus, respirant difficilement, dans son pardessus gris, coiffé d’un chapeau de feutre.
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Le retentissement donné par l’Allemagne et Vichy à l’arrestation de Marc Bloch
L’arrestation de Marc Bloch est une aubaine pour la propagande tant nazie que vichiste. Elle est annoncée par le Völkischer Beobatcher le journal du parti nazi. Également par un historien allemand dans le journal de la Wehrmacht avec qui Marc Bloch a eu des rapports scientifiques avant la guerre. Bloch était un historien de renom. Vichy de son côté triomphe par la voix de Philippe Herriot, secrétaire d’état à la propagande, qui se réjouit, en accordant à la Milice cette arrestation. Il dit à propos de la Résistance :
Votre capitale, Lyon, vient de voir se poser, sur la patiente fourmilière du crime bolcheviste et du désordre rouge, le talon de Joseph Darnand.
Philippe Herriot, discours radio du 15 mars 1944, extrait rapporté dans « 1944 L’assassinat de Marc Bloch » par Stéphane Nivet, éditions Midi-Pyrénéennes.Involontairement, en employant cette expression, « Votre capitale, Lyon », il va faire de Lyon, la capitale de la Résistance. 6 mois et 1 jour plus tard exactement, au balcon de l’Hôtel de Ville, place des Terreaux, le Général de Gaulle dira :
Comment dire à Lyon toute l’émotion, toute la gratitude que je ressens dans cette capitale gauloise qui fut ensuite la capitale de la Résistance française et qui est aujourd’hui une très grande ville de notre France couverte de blessures, éclatante dans son honneur et emportée par son espérance »
Général de Gaulle, 14 septembre 1944, dsicours au balcon de l’Hôtel-de-ville de Lyon
L’assassinat de Marc Bloch le 16 juin 1944 : de Montluc au Beaujolais
Trajet en rouge sur la carte Google Maps ci-dessus.
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Prison Montluc, Lyon
Accès : 4 rue Jeanne Hachette, Lyon 3e
20 heures, le 16 juin 1944, 8 jours après le Débarquement en Normandie, un camion allemand entre dans la prison Montluc. 30 prisonniers sont appelés, dont Marc Bloch. C’est ce que tout le monde dans cette prison nomme un « appel sans bagages ». Ils se multiplient depuis l’approche de la Libération. Ce sont des exécutions sommaires, sans aucun jugement. L’Histoire est hélas coutumière de ces faits à la fin des conflits, quand tout sens moral achève de tomber.
Les 30 prisonniers montent sans rien sur la plateforme du camion. Il démarre dans le soir, à travers Lyon, vers l’ouest, ses fleuves et sa presqu’île. Il emprunte presque sans aucun doute le cours Gambetta puis la place du Pont, passant devant deux cafés qui ont leur importance dans l’histoire de la Résistance à Lyon.

Prison Montluc en 2015, couloir à l’étage - 2
Place du pont
Accès : place Gabriel Péri, Lyon 3e
« Le café Le Côte-d’Or et le café Le Petit Mâconnais place du Pont auraient dans leurs clients des résistants et des juifs. » C’est ce qu’aurait raconté Jean Ohanessain à Georges Villemur au mis de février 1944 dans un autre café de Lyon, l’un des plus notables, qui existe toujours aujourd’hui, le Café des négociants. La place du pont, dont le nom contemporain officiel est place Gabriel Péri est un lieu très connu de Lyon, face à Bellecour, de l’autre côté du Rhône, à l’entrée en quelque sorte de l’hyper centre, au centre dela Fosse aux Ours, un quartier cosmopolite. Jean Ohanessian est connu pour être un arnaqueur. Quant à Georges Villemur, il dirige La Coupole, une boîte de nuit, et est un indicateur des nazis. Il leur rapporte l’information recueillie au Café des Négociants.
Le 6 mars 1944, place du pont, les nazis bloquent les deux cafés Le Côte-d’Or et Le Petit Mâconnais et arrêtent une dizaine de personnes. Parmi elles, Chatoux, de son vrai nom Édouard Vacher, qui diffuse des journaux clandestins Libération, Franc-Tireur, Combat. Ces 3 mouvements ont fusionné le 26 janvier 1943, suite à la dynamique impulsée par Jean Moulin arrêté lui aussi à Lyon l’année précédente et emprisonné à Montluc, en un seul mouvement, le MUR : Mouvements Unis de la Résistance, Chatoux a avec lui des documents importants, des courriers codés. Ces documents sont le domino qui vont faire tomber beaucoup de résistants dans les mains de fer de la Gestapo. Le lendemain, les arrestations commencent, dont le neveu de Marc, Jean-Michel Bloch. Le chef local des MUR et sa secrétaire brûlent durant la nuit dans leur bureau un tas de papiers. En vain. Au siège de la Gestapo, le nom de Blanchard, alias Marc Bloch, est révélé sous la torture. Le surlendemain des arrestations place du pont, Marc Bloch est arrêté.
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Gestapo, place Bellecour
Accès : 33 place Bellecour, au coin de la rue Antoine de Saint-Exupéry, face à sa statue et celle du Petit Prince
Le camion chargé des 30 prisonniers taverse le Rhône et fait le tour de la place Bellecour, jusqu’au nouveau siège de la Gestapo. Lors des gros bombardements du 26 mai 1944, l’École du service de santé où le redoutable service de sûreté allemand était installé a été en partie détruite, forçant les nazis à s’installer dans un autre lieu de Lyon. Le camion entre dans sa cour. Là, un officier nazi ivre leur tient un discours de propagande. Il faut imaginer l’ambiance qui règne là alors, parmi les nazis, sans doute des éléments de la Milice, quelques jours après le Débarquement. Puis le camion repart, vers le nord cette fois, longeant longuement la Saône, croisant ses nombreux ponts, dans un paysage magnifique, entre fleuve et couher du soleil proche.
En face du 33 place Bellecour sera installe 66 ans plus tard une statue, d’un autre acteur de cette période, qui avait choisi lui aussi de se battre pour la liberté, contre l’oprression nazie, Antoine de Saint-Exupéry, né en 1900 dans la rue voisine.
L’Histoire nous offre ainsi en se reculant de quelques mètres une mise en rapport étonnante entre ces 2 histoires, de Marc Bloch et de Saint-Ex, l’auteur du Petit Prince, à côté de lui sur sa statue, lesquels nous offrent à travers les années et l’écriture, de l’histoire, de la poésie, l’espoir.
Une plaque a été posée au 33 Place Bellecour par la ville de Lyon en 2025.

Le 33 de la place Bellecour, siège de la Gestapo à la fin de la guerre, où le camion emportant Marc Bloch et ses 29 compagnons s’arrêta. 
Plaque posée par la Ville de Lyon en 2025 
Statue de Saint Exupéry et du Petit Prince devant le 33 place Bellecour, siège de la Gestapo par lequel Marc Bloch et ses 29 compagnons passèrent le soir du 16 juin 1994 In sed feugiat quam. Mauris laoreet mauris ut elit faucibus, in rutrum nisi rutrum. Sed suscipit elit ac augue sodales consectetur. Quisque risus quam, scelerisque non mi a, elementum lacinia odio. Pellentesque consectetur ex massa, nec auctor lectus porttitor et. Suspendisse eu justo velit. Sed lacus libero, aliquet vel luctus non, aliquet at justo.
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Pré des Roussilles, Saint-Didier-de-Formans, Ain
16 juin 1944, vers 21h
Le camion avec les 30 prisonniers encadré par les 2 tractions s’arrête vers 21h sur une route de l’Ain, au lieu appelé « Pré de Roussille ». Roussille est sur la commune de Saint-Didier-de-Formans. On est à une trentaine de kilomètres de la place Bellecour à Lyon.
Ce n’est pas un hasard si le camion s’arrête ici. En effet, 6 jours avant, dans la nuit du 10 au 11 juin, des résistants ont abattus des peupliers sur cette route, à Roussille, pour tendre une embuscade à un convoi allemand sur lequel, lorsqu’il fut stoppé par les arbres, ils ont tiré de façon nourrie. Il s’agit donc d’une vengeance.
Les exécutions commencent aussitôt. Les soldats allemands ôtent leur menottes aux prisonniers par groupes de deux, qu’ils conduisent à l’avant du camion. Là, 2 autres soldats en uniforme et 2 en civil les exécutent à la mitraillette. On peut imaginer la terreur, l’angoisse, la colère de leurs camarades sur la plateforme du camion, subissant cela sans pouvoir agir, devant attendre leur tour de mourir. Barbarie dans la barbarie. Néanmoins, ils crient des « Vive la France ! », « Adieu ma femme ! » qui s’élèvent dans le soir, à travers les prairies tranquilles du Beaujolais, entre Lyonnais et Bourgogne. Le premier homme exécuté est Marcel Clouet, FTP, communiste, amputé du bras droit en 40. Un prisonnier amené devant ses exécuteurs tente de s’enfuir, les soldats le tuent à une centaine de mètres de là. Marc Bloch, dans le camion, durant les fusillades de ces exécutions, aurait dit, pour diminuer leur peur, la sienne et de ses compagnons, selon un témoignage :
Ce qu’il y a de bon, c’est qu’on n’a pas le temps de souffrir.
Marc Bloch, selon un témoignage, pendant l’assassinat de ses camaradesComment connaît-on ces détails ? Deux hommes ont survécu. Jean-Baptiste Crespo et Charles Perrin. Blessés, atteints par les balles, mais non morts, ils parviennent dans la nuit à atteindre des fermes environnantes. Ils ont témoigné ensuite du déroulé de ces assassinats. Le massacre a duré une vingtaine de minutes, puis le camion et les deux voitures sont repartis avec les soldats. Le silence est retombé, jusqu’au lendemain matin. En Normandie, depuis 8 jours les Alliés débarquaient des troupes en masse, la Libération commençait pour laquelle Marc Bloch et 27 autres hommes avaient combattu et gisaient, morts, des balles dans la nuque et la tête, dans l’herbe verte, près du Formans, petite rivière se jetant plus bas dans la Saône.
Le lendemain matin, les gendarmes font les constatations légales devant les autorités du village, maire, instituteur, secrétaire. Les corps sont disposés dans un bâtiment à proximité, lavés par les habitants, habillés. Ils n’ont aucun papier sur eux. Le service d’identification judiciaire de Lyon les prend en photo pour leur future identification. Marc Bloch aura dans ce processus le numéro 14, une description physique rédigée et consultable aujourd’hui aux archives, et sera identifié comme « Blanchard », professeur d’histoire à la Sorbonne, capitaine de réserve, de famille inconnue, avec son adresse approximative de Caluire. Les 28 cercueils sont emportés sur des charrettes par les habitants des environs dans une fosse creusée au cimetière communal et bénis par le curé. Celui de Marc Bloch a comme les autres une plaque avec un numéro, le 14. Un hasard qui dit sa mort au milieu des autres, ils étaient 28, et 2 survivants, leurs noms sont sur le monument qui a été érigé sur le lieu de leur assassinat par les nazis.

Monument des Roussilles, commune de Saint-Didier-de-Formans (Ain), érigé sur le lieu où Marc Bloch fut assassiné avec 27 autres résistants par la Gestapo le 16 juin 1944 vers 21h. Il y eut 2 résistants survivants. Photographie AG, merci à toi. 
Le nom de Marc Bloch parmi les 27 autres assassinés et les 2 survivants. Photographie AG.
Visite des traces de Marc Bloch à Lyon : comprendre sa Résistance
Le CHRD, Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation
À l’endroit même ou la Gestapo torturait et s’activait entre 43 et 44, s’est installé ce musée historique, centre de documentation et de médiation autour de cette période de notre histoire. C’est un endroit essentiel pour découvrir des documents, des objets de cette époque, pour avoir une perception de l’ensemble de cette période et de ses acteurs.
On y voit le bureau de Marc Bloch, installé ici, légué par son petit-fils en 2011, bureau sur lequel il a écrit une partie de ses livres.
Une visite guidée de la Résistance à Lyon autour de Marc Bloch avec nos guides conférenciers
Nos guides conférenciers férus d’histoire, passionnés de Lyon croiseront pour vous dans les rues de la presqu’île et de Croix-Rousse, l’histoire de la Résistance à Lyon, autour de Marc Bloch, Jean Moulin, Lucie Aubrac, Elie Péju.
Demande de visite privée de groupe
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Lire Échappée, roman de Pierre Péju, petit-fils d’un des cofondateurs de Franc-Tireur
Pierre Péju, petit-fils de Élie Péju, a écrit un magnifique roman sur cette période dans Lyon, Échappée, en voir la critique ici., publié chez Gallimard.
Trouver ce livre chez votre libraire à Lyon et dans tout Auvergne-Rhône-Alpes
Où trouver ce livre dans une librairie indépendante à Lyon et en Auvergne-Rhône-Alpes ? Avec la plateforme régionale du livre Chez mon libraire. Il vous donne les librairies où le livre est disponible :
Mode d’emploi
- Bouton « Choisir une librairie »
- puis « En stock en magasin »
Par exemple, Librairie Cordelia à Caluire, Librairie Le Square à Grenoble
Synthèse des lieux de Marc Bloch à Lyon
Les principaux lieux liés à Marc Bloch pendant sa clandestinité, son arrestation et son assassinat sont les suivants :
- 23 rue de l’Orangerie (Caluire) : son domicile clandestin
- Rue des Quatre-Chapeaux : son bureau de résistant
- Avenue Berthelot : siège de la Gestapo où il fut torturé
- Prison Montluc : sa détention cellule 75
- 33 place Bellecour : passage au siège de la Gestapo avant son assassinat
- Pré des Roussilles, Saint-Didier-de-Formans : lieu de son assassinat
Remerciements
Cet article doit beaucoup aux travaux approfondis de Stéphane Nivet, historien de formation, sur la trajectoire de Marc Bloch. Il a publié un livre d’une grande précision, à la fois sur le moment de l’assassinat de Marc Bloch, sur ses mois de clandestinité et ses années antérieures qui l’ont conduit dans ce combat. Nous le chroniquerons dans notre blog Lyon Visite. Son titre : 1944, L’assassinait de Marc Bloch, aux éditions Midi-Pyrénéennes.
Nous signaler une erreur dans cet article
Cet article comporte de vraiment très nombreux éléments historiques croisant dates, personnes et faits. Merci de nous signaler les erreurs possibles en nous écrivant ici.
Envie de vous laisser guider ?
Découvrez nos visites guidées privées de Lyon, sur cette thématique et bien d’autres !








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