L’Histoire, c’est quoi ? Des faits, des dates, des lieux ? Donc des actions, des rendez-vous, des engagements. Jamais du flou ou du supposé. Dans ce cas, 1944. L’assassinat de Marc Bloch, un historien dans la Résistance, le tout petit livre publié par Stéphane Nivet aux éditions Midi-Pyrénéennes, 48 pages seulement !, est un livre d’Histoire. Et un livre accessible, dont on tourne les pages avec grand intérêt, happé par l’histoire, qui croise Lyon, la Résistance et l’homme qui entre le 23 juin 2026 au Panthéon.
Un livre serré sur les derniers mois à Lyon de Marc Bloch
Stéphane Nivet, historien de formation, auteur de plusieurs ouvrages consacrés à la Seconde Guerre mondiale, dont Jean Moulin, l’inconnu de Lyon et 1987. Le procès de Klaus Barbie, signe avec cet ouvrage une enquête historique minutieuse, appuyée sur les archives nationales et locales.
Son livre est concentré sur l’assassinat de Marc Bloch avec 27 autres résistants le 16 juin 1944 dans l’Ain. Sur son arrestation le 8 mars 1944. Sur ses mois de clandestinité depuis fin 1943. Sur sa vie clandestine à 57 ans, loin de sa chaire de professeur reconnu, œuvrant à la liberté de notre pays. Sur ce qui l’a amené là, dans la clandestinité, à Lyon.
Son livre s’articule autour de trois grands axes : « l’anatomie d’un crime », « l’engagement d’un historien dans la tragédie de son temps », et enfin « Marc Bloch comme lieu de mémoire ». Chaque partie éclaire un aspect différent de la vie et de la mort de Bloch, tout en enracinant son histoire dans le contexte lyonnais de l’Occupation. De ce « Lyon, Capitale de la Résistance », comme le dira le Général de Gaulle en septembre 1944 dans son discours à l’Hôtel-de-Ville.
Le livre
L’ouvrage s’organise en trois parties : « Anatomie d’un crime », « Un historien engagé dans la tragédie de son temps » et « Marc Bloch, lieu de mémoire(s) ».
Anatomie d’un crime : le massacre du 16 juin 1944
Stéphane Nivet ouvre son livre avec une très grande force sur la relation détaillée du massacre de Saint-Didier-de-Formans, où Marc Bloch est assassiné avec 27 autres résistants dans la soirée du 16 juin 1944.
Les nazis, en représailles aux actions de la Résistance, effrayés du débarquement allié, choisissent ce lieu symbolique, théâtre d’une embuscade récente contre un convoi allemand. Les 30 victimes choisies par les nazis parmi les prisonniers de Montluc, dans ce que ceux-ci nomment entre eux « un appel sans bagages », sont abattues méthodiquement.
Deux survivants, Charles Perrin et Jean-Baptiste Crespo, témoignent plus tard du déroulé des dernières heures des condamnés. Les premières pages de Stéphane Nivet, nourries de ces faits précis, bien que purement factuelles, sans pathos, sont des pages absolument prégnantes de l’atmosphère dans Lyon, le long de la Saône, dans ce camion, au plus près des hommes, de la tragédie, comme les pages suivantes de son livre.
L’arrestation de Marc Bloch : une cascade de dominos et la délation d’une cliente de boulangerie de la Montée de la Boucle, à Caluire
Nivet retrace l’arrestation de Bloch le 8 mars 1944 en bas de la Montée de la Boucle, entre Lyon et Caluire. Tout commence par une dénonciation en février au Café des Négociants : un renseignement échangé entre des collabos sur la fréquentation de deux cafés de la Guillotière par des juifs et des résistants. Elle va mener la Gestapo à un certain monsieur Blanchard, pseudo de Marc Bloch. Près de son domicile à Caluire, la cliente d’une boulangerie le désigne aux policiers de la Gestapo. Incarcéré à la prison de Montluc, il subit interrogatoires et tortures au SIPO-SD, dans les locaux de l’ancienne École militaire de santé, avenue Berthelot, sans trahir ses camarades.
Marc Bloch, un historien engagé dans la Résistance
Nivet explore l’engagement de Bloch, médiéviste de renom et cofondateur des Annales. Face à la défaite de 1940, il écrit L’Étrange défaite, un témoignage critique sur les causes de l’effondrement français. Juif, il doit défier les lois antisémites de Vichy, puis il parvient abandonnant tout de sa vie de professeur à rejoindre la Résistance lyonnaise sous divers pseudonymes, Narbonne, Chevreuse, et participer à Franc-Tireur et aux Mouvements unis de la Résistance (MUR), à les organiser sur le terrain, il rédige des notes de fond pour la Libération.
Marc Bloch, un lieu de mémoire
Le livre aborde aussi la postérité de Bloch, devenu un symbole important de la Résistance. À Lyon, une rue importante et une école portent son nom, et la cellule 75 de Montluc où il fut emprisonné lui rend hommage. Son entrée au Panthéon consacre son héritage. Nivet souligne aussi son influence intellectuelle, notamment à travers Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, publié à titre posthume.
Visiter Marc Bloch à travers Lyon
Pour qui souhaite parcourir Lyon, la Capitale de la Résistance, ce petit livre est une porte d’entrée directe : il permet de relire la Presqu’île, Caluire-et-Cuire, la Croix-Rousse, ou la Montée de la Boucle à la lumière de l’hiver et du printemps 1944, et de prolonger la visite jusqu’à Saint-Didier-de-Formans, dans l’Ain, sur lieu du massacre où a été érigé un monument.
Ce livre nous a été très utile pour établir notre parcours Sur les traces de Marc Bloch dans Lyon, ainsi que Le dictionnaire historique de la Résistance, chez Bouquins, 1200 pages. Nous en conseillons très vivement la lecture, qui ancre dans notre réalité, dans notre sensibilité d’aujourd’hui, dans la ville de Lyon, un combat pour la liberté contre la barbarie et l’oppression fasciste qui a tant d’échos dans notre Europe aujourd’hui.
Références du livre de Stéphane Nivet
1944 L’assassinat de Marc Bloch, un historien dans la Résistance, Stéphane Nivet
éd. Midi Pyrénéennes, mars 2026
48 pages — 8€
ISBN 978-2-494787-48-3
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